CENTRAFRIQUE : LES COUTEAUX DE JET

Publié le par Beafrika ti mo

CENTRAFRIQUE : LES COUTEAUX DE JET

Pendant des millénaires, les armes blanches tenaient un rôle essentiel dans la vie de tous les jours que ce soit pour la chasse, la cueillette, l’agriculture, le troc et la guerre.
Leur nom vient du fait qu’ils sont créés de la sorte pour être lancés, ce qui les rend très efficaces jusqu’à quelques dizaines de mètres selon la force du lanceur. Ceci est un avantage non négligeable pour la chasse et lors des combats. L’arrivée des armes à feu sur le continent les a reléguées au niveau d’objets d’échange (en lieu et place de la monnaie), de prestige, et de décoration.
Bien que destinées en premier lieu à tuer des proies ou des adversaires, ces armes sont magnifiquement et finement travaillées. Elles comptent plusieurs lames multidirectionnelles et très acérées ainsi qu’un manche recouvert de laiton, fibres tressées, bandelettes, cuir ou cuivre.
Les manches des armes des dignitaires peuvent même être en ivoire.

Les armes de jet sont donc de très efficaces et redoutables armes qui ont fait leur preuve dans les combats ayant eu lieu sur le sol africain.
Elles sont aussi la preuve du savoir-faire et de l’excellence dans le domaine de la métallurgie centrafricaines à la fin du XIXème siècle. Plusieurs collections de ces armes centrafricaines sont de nos jours exposées dans différents musées à travers le monde et plus particulièrement en Europe. Le plus gros de leurs possessions proviennent d’ailleurs de différentes donations dont celle de Savorgnan de Brazza pour le Musée de l’Homme à Paris.
La métallurgie du fer illustre l’existence d’un patrimoine de longue durée et de large échelle spatiale dans les sociétés de l’Afrique centrale. C’est l’une des meilleures illustrations des échanges et de la situation d’interculturalité qui ont modelé à long terme les sociétés africaines. Avec des activités exigeant des ressources humaines et des moyens techniques pour le travail des minerais, de la réduction (fonderie) puis de la forge, la métallurgie du fer ne saurait se développer que dans des sociétés complexes, stratifiées et ouvertes sur les échanges humains et économiques.
La répartition des types de fours utilisés pour la transformation du minerai de fer en métal fournit des indications sur l’ampleur des échanges culturels au sein de l’espace centrafricain actuel comme avec les espaces circumvoisins. Le territoire centrafricain apparaît ainsi divisé en plusieurs aires. Au Nord, dans les provinces de l’Ouham-Pendé, l’Ouham, Gribingui, Bamingui Bangoran, Hte Poko et Vakaga prédominent les fours à induction (ou à tirage naturel sans soufflets) qui, disposés en batteries, témoignent de capacités de production intensive. A ce dispositif sont associées des techniques de raffinage comme celles qui ont été mises à jour en contexte archéologique par Félix Yandia (2001).
Dans la moitié sud du pays, se répartissent de nombreux types de fours ventilés par des soufflets dans les pays Gbaya, Ndri et Yakoma. Pour comprendre leurs procédés d’utilisation, leurs formes et leurs structures, ces équipements doivent être comparés entre eux mais aussi avec ceux du Nord Cameroun (Mts Mandara), du Tchad (bassin du Chari), du Soudan et du Nord de la République Démocratique du Congo. Les soufflets sont de conception différente selon les régions de Centrafrique, qu’ils soient utilisés pour les fourneaux ou à la forge. A l’ouest, il s’agit de soufflets à pots de terre ou de bois alors qu’à l’est-il s’agit de soufflets à pistons caractéristiques de l'Afrique centrale. Le Nord du pays ne connaît que les soufflets à outre des forgerons des aires soudano-sahéliennes. Par leurs formes et leurs profils, les outils de forge (masses, marteaux, burins, pinces, enclumes) présentent, en contexte rural, de notables caractères de diversité. Ces traits distinctifs ne prennent aussi de sens que s’ils sont situés et définis en termes de variation, dans de larges ensembles culturels en Afrique centrale (E. Maquet, 1965).
Le patrimoine métallurgique se caractérise par une large diversité de techniques locales (Monino, 1983). Mais cette diversité s’exprime sur un fond ou substrat de parentés technologiques dans l’espace centrafricain ainsi que, plus largement, en Afrique centrale. Les critères d’originalité des métallurgies centrafricaines se manifestent par des choix techniques ainsi que par des facteurs esthétiques, stylistiques et symboliques propres à chaque société. Des arguments de recherche qui ont été déployés dans l’étude des métallurgies d’autres parties de l'Afrique sub-saharienne trouvent leur pleine pertinence sur le terrain centrafricain. Ainsi, les formes des fourneaux, les outillages, les savoir-faire, les valeurs sociales, les significations symboliques et rituelles des techniques métallurgiques sont d’une grande pertinence lorsqu’ils sont mis en relation avec les systèmes de croyances et de représentations propres à chaque culture centrafricaine. La métallurgie en tant qu’élément totalisant de la culture matérielle illustre l’originalité et la diversité des cultures Gbaya, Banda, Sara, Ngbaka ou Yakoma dont l’ensemble constitue un patrimoine commun contemporain de l’ensemble centrafricain.

Cf Revue Centre-
Africaine d'Anthropologie

Le 13 Juin 2015

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