Souvenirs d'Afrique : Kouakou

Publié le par Beafrika ti mo

kouakou
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Kouakou était l’œuvre du français Serge Saint Michel

Voici ce que Christophe Cassiau-Haurie a écrit à propos de Kouakou et son auteur :

Hommage à Serge Saint-Michel, père de Kouakou, Carambole et Calao, titres phares des éditions Segedo, qui ont accompagné durant 20 ans, le quotidien des écoliers africains.

Le scénariste français Serge Saint Michel est décédé le 31 mai 2007 à 76 ans. Auteur de près d’une centaine d’albums en presque 50 ans de carrière, il fut l’un des auteurs les plus prolifiques de sa génération (1) depuis le journal Record dans les années 60 jusqu’à ces derniers albums sur Paris (Le roman de la tour Eiffel et Les très riches heures de Notre dame de Paris aux éditions du cygne) et sur Massoud (Avec Massoud, dessiné par James Kada) en 2004.

Sa disparition a été peu saluée par la presse spécialisée, seul Claude Moliterni lui consacrant un très bel article sur le site BD Zoom (2), signe d’un certain manque de reconnaissance de la profession au cours de sa carrière (3).

Mais Serge Saint Michel est surtout connu en Afrique pour avoir participé durant 20 ans à l’aventure de l’éditeur Segedo, créateur des magazines Kouakou, Calao et Carambole.

Ces magazines, distribués gratuitement dans les écoles d’Afrique avec le soutien du Ministère français de la Coopération, constituèrent la référence en matière de littérature jeunesse pour toute une génération d’africains et furent souvent leur premier contact avec la bande dessinée.

Kouakou, destiné aux jeunes de 8 à 12 ans, reste le plus connu de ces magazines. Il était conçu de manière à concilier divertissement et pédagogie. Les thèmes les plus divers y étaient abordés : histoire, géographie, sciences, techniques, sport, conseil d’hygiène et de santé, grammaire, découverte des mots, jeux, etc. Imprimé à 50 000 exemplaires à sa naissance, en 1966, le tirage de ce bimestriel de 20 pages a progressé rapidement, jusqu’à dépasser les 400 000 exemplaires au début des années 90. 41 pays africains étaient concernés dont la Côte d’Ivoire (25 000 exemplaires), le Cameroun (24 000), Madagascar (22 000) et l’ex-Zaïre (20 000) pour les francophones, l’Angola (2 500), la Guinée Bissau (1500) et le Cap vert (1000) pour les lusophones, Kenya, Gambie (1500), Zambie et Tanzanie pour les anglophones ainsi qu’en Haïti (5 000 ex. (4)), au Vanuatu (1000)…

Le succès de Kouakou s’expliquait par le lien très fort unissant le journal à ses lecteurs. Ceux ci écrivaient au journal, lui faisaient des suggestions, lui envoyaient des photos pour la rubrique « Mes amis m’envoient leurs photos. « Le journal publiait régulièrement des contes envoyés et se faisait l’écho des idées de bricolage ou de jeux qui lui étaient adressés.

L’autre clef du succès tenait dans la bande dessinée de huit pages située au milieu du journal et qui avait pour héros un enfant d’Afrique nommé Kouakou. Curieux, intelligent, généreux et drôle, c’était un être totalement positif. Il était entouré de plusieurs amis, chacun ayant sa propre personnalité : l’intellectuel Koffi, la fillette subtile Adama, le gaffeur maladroit Jomo, la fille un peu craintive Fatou, l’instituteur amical et pédagogue, l’ancien débonnaire et sage, Papa Mangan…

Pour la première fois dans l’histoire de la bande dessinée, une série avait comme héros un jeune africain sympathique et ingénieux sans aucun manichéisme ou misérabilisme. Le journal dura 32 années et 187 numéros.

Après Carambole, en 1993, Calao, en 1994, Kouakou fut le dernier à disparaître en 1998, 18 mois avant le Ministère de la coopération, lui-même intégré au Ministère des Affaires Etrangères. Avec la fin de l’aventure Kouakou, disparaissait une certaine époque, celle de « la coop » mais aussi tout un savoir faire, des réseaux et une connaissance du terrain qui a laissé beaucoup de nostalgie et de regrets. Ils furent remplacés par Planètes enfants et Planètes jeunes, magazines édités par Bayard presse à un prix subventionné par les pouvoirs publics français.

La mort de Serge Saint-Michel, s’ajoutant à celles de beaucoup d’autres animateurs du journal, rend encore plus hypothétique le retour du premier magazine panafricain pour la jeunesse, faisant de lui un souvenir de plus en plus vague et peut être, un jour, un mythe…

http://www.mbokamosika.com/article-kouakou-une-revue-qui-a-…

Bêafrîka tî mo, le 17 Février 2016

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