Centrafrique :Film « LE SILENCE DE LA FORET »

Publié le par Beafrika ti mo

Le silence de la forêt : l'affiche, 3 scènes du film, Eriq EBOUANEY, Sonia ZEMBOUROU, Nadège BEAUSSON-DIAGNELe silence de la forêt : l'affiche, 3 scènes du film, Eriq EBOUANEY, Sonia ZEMBOUROU, Nadège BEAUSSON-DIAGNE
Le silence de la forêt : l'affiche, 3 scènes du film, Eriq EBOUANEY, Sonia ZEMBOUROU, Nadège BEAUSSON-DIAGNELe silence de la forêt : l'affiche, 3 scènes du film, Eriq EBOUANEY, Sonia ZEMBOUROU, Nadège BEAUSSON-DIAGNE
Le silence de la forêt : l'affiche, 3 scènes du film, Eriq EBOUANEY, Sonia ZEMBOUROU, Nadège BEAUSSON-DIAGNELe silence de la forêt : l'affiche, 3 scènes du film, Eriq EBOUANEY, Sonia ZEMBOUROU, Nadège BEAUSSON-DIAGNELe silence de la forêt : l'affiche, 3 scènes du film, Eriq EBOUANEY, Sonia ZEMBOUROU, Nadège BEAUSSON-DIAGNE

Le silence de la forêt : l'affiche, 3 scènes du film, Eriq EBOUANEY, Sonia ZEMBOUROU, Nadège BEAUSSON-DIAGNE

Produit par Bassek Ba Kobhio, en coréalisation avec Didier Ouenangare

INTERPRETES : Eriq Ebouaney, Sonia Zembourou, Nadège Beausson-Diagne, Philippe Maury et les Pygmées du village Akungu

L'HISTOIRE : Avec Eriq Ebouaney tenant le rôle principal dans les deux films (Lumbumba et le silence de la forêt), c'est comme s'ils se répondaient : le héros du Silence de la forêt est une sorte de Lumumba (de Raoul Peck) revenant en terre d'Afrique après 40 ans d'indépendance. En fait, Gonaba revient d'Europe, mais il a lui aussi le verbe sûr et la même détermination à ne pas se compromettre : " Spectateur passif de toute cette bouffonnerie, je suis autant responsable que tous les autres ", nous dit-il par une voix-off omniprésente en début de film, voix littéraire issue du livre dont est extrait le film.

Il est inspecteur général des écoles et ne rentre pas dans la logique des pouvoirs que décrit avec humour le début du film. Sa relation avec Simone, une tenancière de bar à laquelle Nadège Beausson-Diagne donne une belle présence, confirme sa marginalité. Furieux face aux réalités africaines, il vitupère contre le système mais sa révolte reste verbale, jusqu'au jour où, à l'occasion d'une inspection, il perçoit à quel point les pygmées sont méprisés par tous. Epris des idées d'égalité entre les hommes du premier président de Centrafrique, Barthélémy Bodanga, il cherche à découvrir qui sont les petits hommes que tous dénigrent ou exploitent, et s'enfonce dans la forêt…

Commence alors l'initiation pleine d'humour de celui qui n'a pas le choix que de manger des chenilles ou boire le crachat du chef… Parti pour éduquer les pygmées de façon très volontariste, il découvre que Simone avait raison quand elle lui disait qu'on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux. Les pygmées s'avèrent d'une remarquable résistance à toute tentative d'influence et c'est Gonaba qui va apprendre d'eux. Le dispositif du film évolue alors vers une présentation casi-ethnographique des mœurs pygmées. D'abord distancié face à un héros régi par la colère et les slogans, nous sommes invités à partager son initiation. A travers la relation avec la belle Kali, la découverte ethnologique se fait anthropologique : ce ne sont plus les pygmées le sujet du film mais la relativité de l'être en société.

C'est sans doute là que le film, plutôt rythmé, bien mené et remarquablement interprété, atteint ses limites : le drame humain que vit Gonaba ne nous atteint que peu et si l'émotion n'est pas au rendez-vous, c'est sans doute parce que les éléments poétiques qui étofferaient son récit sont trop peu exploités : la relation avec Kali reste superficielle, la beauté de la forêt est sous-utilisée à l'image, les enfants sont peu individualisés, les magnifiques chants aka sont répétés et finalement banalisés, la profondeur du propos est peu développée… A cela s'ajoute la disparition brutale du récit des deux personnages qui ont marqué le héros - Simone et le guide pygmée – sans qu'aucun élément scénarique n'y fasse référence, frustrant le spectateur de la relation ainsi établie.

Le Silence de la forêt est ainsi un film tonique, drôle et captivant qui laisse un peu sur sa faim.

2003, République centrafricaine, 1h 34 mn.
Cannes : Quinzaine des réalisateurs 2003.

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PROPOS DU COREALISATEUR Bassek ba Kobhio

" Dans chaque film, il y a des rencontres inattendues, heureuses ou malheureuses. Alors que le casting pygmée s'était porté sur un tout autre village, lors du tournage de la réception nocturne chez le préfet, Didier et moi avons jeté notre dévolu sur un autre village pygmée où les gens étaient plus petits encore qu'ailleurs, afin que le spectateur voie à l'écran le pygmée tel qu'il se l'est souvent représenté.

Le pygmée n'est plus toujours petit, mais nous ne faisions pas un documentaire, alors il fallait simplifier la lecture du film au spectateur. Ce choix fait, il a fallu s'assurer que l'immigration de cette population pour deux mois dans un tout nouveau village ne créerait pas de problème. Il a fallu conserver leurs habitudes alimentaires, gérer la question de l'alcool qui est l'une des introductions les plus scandaleuses du monde dit moderne chez les pygmées. Ils en consomment à longueur de journée. Mais je crois que ce sont des gens qui sentent vite les choses, qui nous ont adoptés, qui ont compris que nous faisions aussi le film pour eux.

Demander à des pygmées de se battre entre eux pour un morceau de poulet lancé par des invités depuis le balcon et qui atterrit sur le sol, c'était dur et pour nous et pour eux. Mais ils ont compris le sens de la scène et joué le jeu. Nous nous sommes séparés en grands amis. Ils nous ont donné ce que nous voulions, nous avons gagné leur confiance en étant sincères et authentiques. Le sentiment peut être là d'avoir fait vivre nos amis pygmées dans un autre monde durant deux mois : trois repas par jour avec de la viande, du vin tous les soirs, les naissances comme les deuils pris en charge, et surtout de l'argent distribué chaque fin de semaine alors que leur rapport à l'argent est particulier, tout ça peut être regretté lorsqu'ils repartent vers leur monde de toujours.

Mais le film milite pour les pygmées, et cela adoucit ce regret. Le rapport des pygmées à l'image était dans un premier temps un rapport de curiosité, puis un rapport d'ignorance dans le sens où ils ignoraient la caméra et s'amusaient simplement. Nous avions craint effectivement que les pygmées nous disent que nous voulions voler leur âme ou quelque chose dans ce genre-là ; cela n'est pas arrivé. Notre chance a aussi été que certains de ces pygmées fassent partie d'un groupe de danse qui avait fait quelques tournées nationales et internationales. Ils avaient donc vu des caméras, certainement moins impressionnantes, mais tout de même. Il nous a donc fallu prendre avantage de ce qu'ils acceptaient de s'amuser pour faire du tournage un jeu. Mais ce jeu-là lasse vite parce que les préparations, les réglages, les répétitions, tout ça est trop long pour les comédiens déjà ; à plus forte raison pour les pygmées, qui n'aiment pas tenir en place.

Dans tous les cas, dès qu'ils étaient fatigués, je pense surtout au patriarche qui avait un rôle très sollicitant, ils ne donnaient plus rien, alors il fallait s'arrêter, et changer provisoirement de séquence. Cela ne nous est heureusement pas arrivé si souvent. Didier, qui les coachait tout particulièrement, a réussi à leur faire comprendre les règles et la finalité du jeu. Ce film était le premier long métrage tourné en Centrafrique, et tous les nationaux, des comédiens aux stagiaires techniciens, vivaient leur première aventure. Les stagiaires centrafricains, des jeunes très volontaires, nous ont donné satisfaction, et je regrette simplement que la suite ne puisse pas être envisagée avec optimisme pour eux.

Je ne sais pas s'il y aura bientôt un tournage de cette ampleur en RCA. Cela passe par un engagement plus volontaire des autorités politiques et administratives : je ne sais pas si les nouvelles autorités en feront une préoccupation, je sais qu'aujourd'hui ça ne peut pas être objectivement une priorité. Alors j'ai de la peine pour ces jeunes. "

Festivals et récompenses
2004 : Festival du film de Paris ; Vues d'Afrique Montréal
2003 : Festival de Cannes (Quinzaine des réalisateurs).

filmfestamiens.org/archives/cinemasacp/films/silence.html

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