LES PETITES HISTOIRES DE FELIX: UNE ICONE EN TRANSIT A BANGUI

Publié le par Beafrika ti mo

LES PETITES HISTOIRES DE FELIX: UNE ICONE EN TRANSIT A BANGUI
LES PETITES HISTOIRES DE FELIX: UNE ICONE EN TRANSIT A BANGUI

Publié par CENTRAFRIQUE LIBRE le 30 novembre 2013 Bangui 1993

Le journal télévisé de 20 heures venait de s’achever. Je quittais le studio complètement exténué mais heureux de rentrer chez moi, retrouver ma famille, en pensant au délicieux repas que mon épouse avait préparé.

Je m’apprêtais à fermer la porte de mon bureau lorsque le téléphone sonna. Au bout du fil, le ministre de la Communication, Tony Da Silva :
« Vite, préparez une équipe pour l’aéroport! Je viens vous chercher dans quelques instants ». Puis, comme s’il avait lu dans mes pensées, il enchaîna : « Un VIP arrive ».

Ma surprise était d’autant plus grande qu’aucun avion civil ou militaire n’était signalé en cette soirée. Néanmoins, je mis rapidement en place une petite équipe composée d’un caméraman et d’un preneur de sons. Je pris mon bloc notes en me demandant comment j’allais formuler mes questions, vu que j’ignorais totalement l’identité de mon interlocuteur.

L’aéroport international de Bangui Mpoko était désespérément vide. Pas la moindre présence d’un officiel ni d’un quelconque dispositif d’accueil. Nous en étions là, mon équipe et moi, à nous interroger et à scruter le ciel lorsque arriva le directeur général du protocole d’État, Moussa-Kembearriva, suivi du ministre Octave Oudegbe. Celui-ci nous révéla aussitôt le nom du visiteur : Nelson Mandela.

« Oh, c’est tout juste pour une courte escale technique » , ajouta-t-il. Escale technique ou pas, ce qui est sûr, c’est que le leader charismatique de l’ANC arrivait dans nos murs, en l’absence du Chef de l’État, André Kolingba parti la veille dans sa ferme à Kembe, et du 1er ministre Édouard Franck, en mission à l’étranger.

Après un tour de piste, l’avion sud-africain s’immobilisa. Le tarmac était brûlant malgré la fraîcheur de la nuit. Au bas de la passerelle, un comité d’accueil restreint : deux membres du gouvernement et une petite équipe de télévision. Aucun confrère de la radio ni de la presse écrite n’avait été prévenu.

Le ministre Oudegbe souhaita la bienvenue à l’illustre passager en anglais, présenta son collègue de la Communication puis l’invita au salon d’honneur, le temps que son appareil fasse le plein de kérosène.

D’une démarche lourde et assurée, Mandela se dirigea vers le rez-de chaussée du pavillon. Le salon présidentiel, au 1er étage, était fermé. Il faisait une chaleur de plomb. Aucune disposition n’avait été prise pour allumer les climatiseurs, encore moins pour servir des rafraîchissements.

En dépit de la chaleur, Mandela accepta de m’accorder une interview. Mais le caméraman me fit signe qu’il y avait un petit souci. En effet, il ne lui était guère possible d’avoir une meilleure prise de vue, de l’endroit où le visiteur était assis. Faute d’éclairage. Sauf si… Mandela change de place.

Une expression de gêne traversa le visage du ministre Oudegbe. Néanmoins, la suggestion fut traduite. Très sportivement, Mandela se leva et vint se mettre debout, sous la lumière diffuse du plafonnier, au milieu de la pièce. Du coup, je me suis dit que la RCA est exceptionnelle.

Demander à une célébrissime personnalité de 70 ans, à peine sortie de prison, adulée par le monde entier et qui venait tout juste d’effectuer de longues heures de voyage, de rester debout, dans une chaleur suffocante, pour se prêter aux questions d’un journaliste ! Cela dépasse l’entendement.

Debout, à ses côtés, je remarquais que le ministre Oudegbe et moi faisions figure de nains, tellement l’homme nous depassait par sa haute stature. A la première question, Mandela s’embrouilla. Il commenca à remercier le gouvernement et le peuple tchadiens de la solidarité qu’ils lui ont témoignée pour sa liberation et aussi pour leur lutte contre l’Apartheid.

Avant que le ministre Oudegbe ne traduise, je vis le conseiller de Mandela lui glisser quelque chose à l’oreille pour lui indiquer qu’il n’est pas au Tchad mais en terre centrafricaine. Confus, celui-ci s’excusa humblement de ce lapsus.

Félix YEPATHIS-ZEMBROU

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