PK-12, voyages en Centrafrique - de Beb-Deum

Publié le par Beafrika ti mo

PK-12, voyages en Centrafrique - de Beb-Deum
PK-12, voyages en Centrafrique - de Beb-DeumPK-12, voyages en Centrafrique - de Beb-Deum

Il est sorti en 2003 mais il faut encore en parler ; Il est édité aux Editions du Rouergue, un éditeur qui a contribué, en marge de la bande-dessinée, à apporter du sang frais dans le monde de l’illustration (notamment celle des ouvrages pour enfants) et qui, sans créer de collection ni faire beaucoup de publicité, a édité quelques carnets de voyage ; le « PK12 » de Beb-Deum, du nom d’un carrefour à la sortie de Bangui (Centrafrique), est une réussite dont on peut imaginer qu’elle tient autant à ce savoir-faire d’éditeur qu’à la personnalité artistique de l’illustrateur, assez décalée dans l’univers du carnet de voyage.

Le carnet retrace les pérégrinations en Centrafrique de Beb-Deum. Ce dernier découvre le Bangui nocturne en compagnie de « Malé le rasta… Malepolo l’Africain… un chanteur compositeur bien placé dans le Top Ambiance centrafricain… », puis retrouve des illustrateurs et artistes centrafricains croisés à l’occasion d’un premier voyage (une exposition à l’Alliance française et la direction d’un stage de dessin), avant de partir à la rencontre des pygmées Aka, au cœur de la forêt équatoriale... PK12 est un récit vivant, faisant une place - centrale et de qualité - aux personnes rencontrées.

Il évoque avec modestie et finesse, à la première personne, l’expérience unique et forte d’un voyage en Afrique, dans la capitale d’un pays « entre mutineries et coups d’état » où on est optimiste par nécessité… Mais ce carnet est également remarquable par sa composition graphique, à « trois vitesses ». Les portraits, en couleurs, imposent leur présence massive à chaque page, suivant le fil des biographies de la narration. Chaque portrait, de profil, restitue les infinies variations de la lumière sur les peaux noires, si difficile à saisir pour les photographes. On pourrait qualifier l’approche d’hyperréaliste mais il faudrait noter l’étrange proximité avec les personnages de bande-dessinée ou d’illustration, souvent fantastiques, qui constituent l’univers propre du dessinateur (www.beb-deum.com/).

Parallèlement, une multitude de croquis, très rapides, soutiennent la narration, tout en occupant une place plus modeste par leur taille et l’utilisation exclusive de crayonnés noirs. Le tout est déposé sur des fonds de page correspondant au manuscrit original, d’un gris-beige évocateur. Par contraste, les portraits et croquis retenus sont grossièrement détourés sur fond blanc. L’ensemble donne à voir de manière quasi « subliminale » le travail d’édition, ce chemin difficile de l’objet imparfait qu’est le carnet, fait d’esquisses inconfortables et de repentirs, unique et intime, au livre reproductible et définitif. Pour nous, ce parti-pris d’édition, tenu de manière très cohérente sur l’ensemble du carnet, est tout à fait exemplaire.

Livres de voyage
Par Philippe Blasco

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